Commune de Varennes-le-Grand

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Les lavoirs de Varennes-le-Grand

Jean François MILLET, grand peintre de la ruralité, auteur, entre autres, des célèbres «Glaneuses» et «Angélus», a écrit : « Il faut pouvoir faire servir le trivial à l’expression du sublime. C’est là, la vraie force. » Il signifiait par là, avec la portée des mots de l’époque, que des sujets simples, pour lui des sujets de la vie champêtre que personne, alors, ne remarquait, pouvaient servir l’expression artistique et montrer le « beau ».

C’est ce que l’artiste réalise parfaitement par cette belle aquarelle. En effet quoi de plus simple que le petit lavoir qui y est représenté et pourtant, le sujet et la façon dont il est traité, expriment une réelle émotion artistique !

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le_lavoir_de_Mirande.jpgCe petit édifice, situé à l’angle de la rue de Mirande et de la rue Moissonnière, porte une date sur le linteau de la porte d’entrée: « 1899 ». A cette époque les édiles municipaux étaient loin des pensées élevées de J.F MILLET; les leurs étaient strictement utilitaires !

On était encore au siècle du grand Pasteur et de ses découvertes révolutionnaires sur les maladies contagieuses. Il s’agissait, alors, de favoriser l’hygiène collective et notamment corporelle, en permettant un lavage plus salubre et plus commode du linge, qu’en se rendant dans les mares ou rivières voisines. On pensait également à abreuver les animaux, aussi nombreux voire même plus nombreux que les habitants, (le troupeau de Mirande était célèbre, il n'y a encore pas si longtemps), en associant une auge au bassin du lavoir.

L’acte de naissance de ce lavoir est une délibération du Conseil municipal du 23 avril 1899. Le maire expose que "le hameau de Mirande est très populeux, qu’il est complètement dépourvu d’eau, que les puits tarissent souvent et ne peuvent pas alimenter le bétail, et qu’en cas d’incendie, les pompes seraient sans effet, faute d’être alimentées". Aussi la délibération l’autorise-t-il à faire entreprendre des travaux pour essayer de capter une source située le long du chemin dit : « Rue Moissonnière».

Le captage a dû réussir (on constatera d’ailleurs que la source coule toujours…) puisque par délibération du 11 février 1900, le Conseil vote une somme de 2.100 Frs pour effectuer les travaux de construction; une délibération du 18 novembre 1900 nous indique qu’en définitive les travaux se sont élevés à la somme de 2.563,57 Frs. Ce sont des francs or dont l’INSEE nous indique qu’ils correspondent à un pouvoir d’achat actuel de 53.000 Frs environ, année 2001. On restera sceptique…Ou alors, les matériaux et le travail n'étaient vraiment pas chers!

D’autres délibérations de la même époque nous parlent également du « grand lavoir de la Fontaine » rue du Bief, du lavoir du Carouge, du lavoir de Loisy…Il était en effet nécessaire que chaque quartier, pour de simples raisons de commodité, ait son lavoir.

Et, tous ces lavoirs, pendant plus d’un demi siècle, ont été les témoins d’intenses activités typiquement féminines…, le lavage bien sûr dont témoignent les pierres entourant le bassin, polies par le frottement et le savon, mais aussi, à coup sûr, le bavardage…Il fallait bien occuper l’esprit pendant que les mains travaillaient, surtout les jours où l’eau était bien froide…

Les familles qui avaient les moyens de le faire s’assuraient pour cette tâche les services de femmes qui faisaient, entre autres, profession de laver le linge des autres. On se souvient encore à Varennes d’une personne bien prénommée à cet égard, puisque tout le monde, familièrement et selon l'usage ancien associant un article au nom ou au prénom, la nommait « La Blanche »…D’aucuns l’appelaient également : « La reine des lavoirs » !...

Mais d’utiles qu’ils étaient, tous ces lavoirs sont devenus inutiles, victimes du progrès; l’arrivée de l’adduction d’eau puis des machines à laver, a sonné leur glas. Et qu’arrive-t-il en ce bas monde aux choses inutiles ? Au mieux, on les abandonne, au pire, on les détruit ! On l'a dit : chaque quartier avait son lavoir. Mais, qui sait aujourd’hui, où se trouvaient le lavoir du Bourg, celui de Loisy, celui du Carouge, celui de la rue Beaugrenier ?... Il n’en reste aujourd’hui que deux, dont celui de « La Fontaine », rue du bief, du type architectural original dit à « impluvium », la pente des toits l’entourant étant orientée vers le bassin, pour permettre la récupération de l’eau de pluie.

Puis le temps a encore passé ; nos villages, à l’image de la société, se sont totalement transformés, et, peu à peu, les survivants de ces modestes vestiges architecturaux, au même titre que les puits, les fontaines, les fours…ont, sans que nous y prenions garde, pris pour chacun d’entre nous une autre dimension; ils sont devenus comme des traits d’union avec la société rurale ancienne dont nous sommes pratiquement tous issus. ("Nos racines" comme on dit aujourd'hui…). La modernité nous l'a fait oublier, mais nous en gardons, instinctivement, au fond de nous-mêmes, une certaine nostalgie. Et de modestes qu’ils sont, ces vestiges sont alors devenus, en toute simplicité et en toute beauté, des œuvres d'art.

François GUILLERMIN